18.11-02.12.2021 Tout ce qui couvrait une vie humaine déjà scintillait 
Dorine Aguerre + Rémi Dufay (duo show)

Les deux artistes ne se connaissent pas, mais partagent des ateliers dans le même bâtiment depuis quatre ans. Bien que la forme de leur production individuelle soit très différente, leur approche de la scénographie, de la situation et de la vidéo est extrêmement semblable. Assez pour suffire de prétexte à cette quatrième invitation sous forme de carte blanche.

On pourrait résumer le processus de leur collaboration en trois étapes, en immersion dans et autour de l’espace : observer, intervenir et restituer.

Observer inlassablement à travers les fenêtres orientées Nord du bâtiment des Saules, la quasi immobilité du paysage pendant de longues heures. Une occupation de l’espace vide de la part des deux intervenant-e-s, scrutant de jour comme de nuit, les évènements s’y produisant.

Intervenir ensuite, non pas dans l’espace mais dans ce même paysage, entre les deux rives du Rhône. Caméra à l’épaule, aidé-e-s par un cadreur complice, mais aussi filmées sur trépied depuis les fenêtres de l’espace, iels captent les subtiles changements de l’environnement créés par des actions performatives, l’installation et l’activation de quelques éléments souvent lumineux. Visibles dans les vidéos, mais aussi à travers les fenêtres lors de l’exposition, ces interventions deviennent ensuite pérennes, traces des artistes dans l’espace public.

Restituer enfin, dans un travail totalement in situ et à la limite de l’obsession, une version réduite de l’espace d’exposition à un dixième de sa taille originale. Soit une maquette imaginée par les artistes en collaboration avec deux architectes. Sa fonction première est repensée par les artistes en la réalisant directement dans l’exposition. Iels l’abolissent en lui ôtant l’objectif utilitaire de projection future ou de reconstitution passée d’un espace.

Plutôt qu’une boucle d’installation vidéo traditionnelle, les vidéos reflètent ici les cinq heures de tournage en plans séquences et sont montrées synchronisées avec le temps réel lors de l’exposition (de 17:00 à 22:00). Tournées avec une planification préalable moindre, sans postes de tournage précis, elles deviennent des captations spontanées, témoins d’un passage humain. On y perçoit des sons ambiants provenant de sources invisibles, d’actions plus ou moins perceptibles, les auteur-e-s oubliant même que les caméras tournent.

Le résultat n’est pas une maquette d’une structure caduque, un making-off original, une simulation hypothétique, une simple illusion d’optique ou un trompe-l’œil à destination des spectateur-x-ice-s. C’est l’illustration de la technicité d’une pratique vidéo, où chaque scintillement provient d’une activité humaine, d’une caméra ou d’un écran. Une contemplation mélancolique face à la destruction prévue d’un bâtiment.

Avec la collaboration de Maud Abbé-Decarroux, Elijah Graf-Quartier, Aloys Mützenberg.
Une coproduction Hichmoul Pilon Production.

Affiche ©Thomas Perrodin
Photos ©Yvan Alvarez